janvier 2022

19 novembre 1973 - Création du diocèse de Rouyn-Noranda

par Pierre Larivière

Le diocèse de Rouyn-Noranda

Le diocèse de Rouyn-Noranda est créé le 19 novembre 1973 par une décision du Vatican, devenant alors le vingtième diocèse au Québec. Le territoire du nouveau diocèse est constitué de la partie québécoise du diocèse de Timmins. Le 9 février 1974, la population célèbre l'évènement et la nomination de Mgr Jean-Guy Hamelin comme évêque fondateur. L'évènement est marquant car pour la première fois la région de Rouyn-Noranda ne fait plus partie d'un diocèse ontarien.

À son arrivée, Mgr Hamelin animait le travail de 75 prêtres et à son départ, en 2001, le clergé diocésain ne comptait plus que 34 prêtres. Mgr Dorylas Moreau a ensuite été nommé évêque et après son décès, en octobre 2019, c'est Mgr Guy Boulanger qui est devenu l'évêque du diocèse. Le diocèse de Rouyn-Noranda, qui fêtera ses 50 ans en 2024, compte aujourd'hui 32 paroisses et 4 missions réparties en trois zones pastorales, soit Malartic, Rouyn-Noranda et le Témiscamingue.

L'église Saint-Joseph, la cathédrale du diocèse de Rouyn-Noranda, 2013.
Les démarches pour un nouveau diocèse

Pendant plusieurs années, des prêtres de la partie québécoise du diocèse de Timmins ont fait des pieds et des mains pour qu'elle devienne de plein droit un diocèse. Parmi ces prêtres mentionnons au premier chef Roméo Lapointe (1933-2003), Charles Lambert (1934-2008), Noël Gauthier (1923-1993) et Joseph Guiho (1930-1999). Les trois premiers sont devenus dans le même ordre les trois premiers vicaires généraux de Mgr Hamelin. L'abbé Guiho quant à lui a eu l'idée de fêter la création du diocèse et l'ordination de son premier évêque au Forum de Rouyn devant plus de 5 000 personnes.

Page titre du journal La Frontière, 14 février 1974

Un texte publié à l'époque dans le journal La Frontière résume les considérations que ce groupe de prêtes qui proposaient au Vatican de créer enfin un nouveau diocèse au Québec pour la population du Témiscamingue et de la région de Rouyn-Noranda.

Ce n'est pas d'hier que la rumeur circulait. Depuis longtemps, çà et là, un désir toujours plus vif s'exprimait à ce sujet. L'espèce de révolution culturelle où s'était engagé le Québec et surtout peut-être l'effort d'adaptation pastorale que le renouveau conciliaire avait suscité en avaient fait ressentir le besoin encore davantage. Nos évêques nous avaient clairement donné à entendre que Rouyn-Noranda était en voie de devenir un diocèse.

Respect de la frontière des provinces

Le Concile de Vatican II avait d'ailleurs fourni un critère décisif à ce propos « en délimitant une circonscription diocésaine, énonçait-il, il faut tenir compte autant que possible des éléments variés du peuple de Dieu qui le composent : cela peut grandement contribuer à un meilleur exercice de la charge pastorale » (Décret sur la charge pastorale des évêques, no 23). En conséquences nos évêques avaient décidé de réaménager le territoire de certains diocèses de manière à respecter au Canada dans la mesure du possible, la frontière des provinces civiles. Cette disposition nous touchait directement.


La création du diocèse de Rouyn-Noranda

Le diocèse de Rouyn-Noranda est créé par une décision du Vatican le 19 novembre 1973. C'est le 9 février 1974 qu'était célébrée la création du diocèse et la nomination de Mgr Jean-Guy Hamelin comme évêque fondateur. Pendant 28 ans il a été notre pasteur. Présent partout en personne et par ses articles dans le journal La Frontière, par ses livres aussi, il aura d'abord érigé l'Évêché, reconstruit la cathédrale Saint-Michel, nommé son personnel responsable de la vie diocésaine, en particulier trois religieuses à trois grands services, les finances, les affaires légales et sa secrétaire personnelle, en même temps sa cérémoniaire. Fait nouveau marquant la personnalité ouverte de Mgr Hamelin. En effet partout ces services étaient, et sont pour beaucoup encore aujourd'hui, assurés par des prêtres, et non par des femmes, dussent-elles être religieuses. Mgr Hamelin créa au début des années 1980 le chapitre des malades. Ses membres sont invités à prier aux intentions que l'évêque leur propose régulièrement durant l'année. À la même époque il offrit aux diocésains le pardon sacramentel avec absolution collective aux temps de Noël et de Pâques, décision nouvelle et courageuse dans une Église que les prêtres désertaient à qui mieux mieux. Mgr Hamelin devenait aussi, dans les années 1990, président de la Conférence des évêques du Canada. Il présidait enfin les activités du 25e anniversaire du diocèse en 1999, peu de temps avant de se retirer en 2001. À son arrivée, Mgr Hamelin animait le travail de 75 prêtres. À son départ, nous n'étions plus que 34, dont 15 seulement survivant des 75 originaux !


L'Église catholique a depuis des siècles mis à sa disposition des moyens d'offrir les services qui la caractérisent : le service de la parole de Dieu, le service de la prière et le service de la charité. Les personnes qui offrent ces services sont de deux groupes. Il y a le clergé diocésain, lié à l'évêque et à un territoire occupé par des gens et des paroisses. Il y a aussi les communautés religieuses liées à des congrégations dirigées par un Supérieur général et des provinciaux, et dont les maisons, les monastères et les couvents sont dirigés par des supérieurs locaux.

Il y a en principe une grande collaboration entre les communautés religieuses et le clergé paroissial, favorisant une pastorale complémentaire. Il y a aussi des conflits, des jalousies et des querelles comme dans toutes affaires humaines. En général, les communautés religieuses ont assuré les premiers services hospitaliers, d'enseignement et d'accueil des pauvres. C'est d'ailleurs ces besoins sociaux qui sont à l'origine des communautés dites actives. En plus, des communautés sont dites cloitrées et consacrées au service de la prière communautaire. Le clergé paroissial est uniquement masculin (sauf dans les Églises orientales liées à Rome, comme les catholiques de Roumanie), et les membres des communautés religieuses sont des femmes et des hommes, parfois les deux, ou communautés mixtes.

L'église saint-Clément de Beaudry en 2016.

À sa fondation, le diocèse compte sur des communautés religieuses féminines et masculines. Mentionnons les Sœurs grises d'Ottawa, les Servantes de Jésus-Marie et les sœurs de Notre-Dame-Auxiliatrice ; les hommes sont les Oblats, frères et pères, les Clercs de Saint-Viateur, frères et pères et les frères du Sacré-Cœur. Déjà aumônier des Sœurs de la Providence avant d'être nommé évêque, Mgr Hamelin en amènera une dizaine avec lui, qui travailleront au foyer St-Raphaël pour les vieillards, à l'Évêché, en paroisses et comme directrice et professeure au Séminaire St-Michel. Il y a aussi des organisations laïques animant des œuvres de charité, de la parole et de la prière. Ainsi en 2021, plusieurs services existent dans le diocèse sous la responsabilité et la direction de laïcs, essentiellement des femmes. Mentionnons la pastorale liturgique, la formation à la vie chrétienne, la préparation au mariage, etc.

L'église Saint-Norbert de Mont-Brun

En 2000, le diocèse d'Amos cédait au diocèse de Rouyn-Noranda les quatre paroisses de Destor, Mont-Brun, Cléricy et d'Alembert pour des raisons sociologiques et géographiques. Ces quatre paroisses sont très étroitement liées à la vie de l'agglomération de Rouyn-Noranda. À contrario, la paroisse de Dubuisson appartient encore au diocèse de Rouyn-Noranda même si sa réalité urbaine en fait un quartier de l'agglomération de Val-d'Or. C'est l'éternel problème des frontières : les habitants à l'occasion passent d'un voisin à l'autre. Plus récemment étaient intégrées à une paroisse voisine les paroisses de Fugèreville et de Fabre. Auparavant, c'étaient les paroisses de Roulier et de Saint-Roch-de-Bellecombe qui s'unissaient à une voisine.

En 2005, les six paroisses urbaines de Rouyn-Noranda se fusionnaient pour devenir la nouvelle paroisse Sainte-Trinité. L'église Saint-Joseph, l'église cathédrale, reste consacrée. Les autres églises de la ville non pas été démolies et servent à d'autres fins que religieuses sauf l'église Saint-Michel, à vocation sociale et pastorale et toujours propriété de la paroisse Sainte-Trinité.

L'église de Sainte-Agnès de Bellecombe en 2013.
Le diocèse de Rouyn-Noranda aujourd'hui

Les jours qui viennent affecteront toujours les dimensions rendant possibles les trois tâches de l'Église : les services de la parole, de la prière et de la charité. Ces dimensions sont les ressources financières, les prêtres et les religieuses et les laïcs engagés. L'argent, l'expérience le montre, ne fera pas défaut à court terme. Les gens sont généreux et ont souvent beaucoup à donner. Les laïcs engagés se renouvèlent de manière inespérée : des jeunes de 12 ans qui étaient chefs d'équipe dans des camps de jeunesse deviennent responsables de services quand ils ont 20 – 30 ans. Les maillons faibles sont les prêtres. Retenons par exemple que les 75 prêtres de Rouyn-Noranda présents à l'ordination de Mgr Hamelin en 1974 sont maintenant 4 ! Et les grands séminaristes qui se préparent à devenir prêtres sont 2 ! Les communautés religieuses de femmes et d'hommes, très actives et nombreuses à la fondation du diocèse se sont évaporées comme neige au soleil du printemps, à l'exemple des prêtres paroissiaux. En 2020, il y avait deux prêtres religieux, deux sœurs de la Charité d'Ottawa, une sœur de la Providence, deux oblates, et 45 sœurs de Notre-Dame-Auxiliatrice, communauté dont la maison mère est à Rouyn-Noranda depuis le début des années 1930 et qui fête en 2021 son centenaire de fondation.

Voilà d'où vient le diocèse de Rouyn-Noranda qui devrait intégrer dans un avenir proche la ville de Témiscaming et ses villages voisins, des paroisses appartenant au diocèse de Pembrooke. Dans la mesure où il y aura toujours des gens dans notre région, il y aura une Église pour les services de la parole, de la prière et de la charité. Que sera le visage de cette réalité d'Église ? La forme est moins importante que les services qui seront rendus.


85e anniversaire en 2010 de Mgr Hamelin, entouré de trois prêtres ordonnés durant chacune des décennies de son pastorat. Rangée du haut, de gauche à droite : Pierre Larivière (1974), Rénal Dufour (1982). Rangée du bas Mgr Hamelin et Pierre Goudreault (1991), nommé évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 2017.

Principales références

La Frontière, Cahier spécial du 6 février 1974 et du 27 février 1974.

Annuaire de l'Église catholique au Canada, 2020.

Diocèse de Rouyn-Noranda, Annuaire diocésain 2019-2020.

Nicole Berthiaume, Rouyn-Noranda. Le développement d'une agglomération

minière au cœur de l'Abitibi-Témiscamingue, 1981


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