novembre 2021

1er mai 1922 - Création de la compagnie Noranda Mines

par Benoit-Beaudry Gourd

La mine Horne et sa fonderie de cuivre ainsi qu'une partie de la ville de Noranda en 1933. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.
Un évènement historique fondateur

Le 1er mai 1922, on assiste à Toronto dans les bureaux de l'avocat James Murdoch à un évènement qui va marquer durablement le développement de Rouyn-Noranda, à savoir l'incorporation de Noranda Mines Limited, une compagnie créée pour développer la propriété minière Horne. Un évènement historique fondateur car Noranda Mines va bientôt mettre au jour le méga gisement de cuivre, d'or et d'argent à l'origine de la mine et de la fonderie Horne et des villes de Noranda et de Rouyn. Dès son entrée en production en décembre 1927, la mine Horne se hisse au rang des plus grosses mines en Amérique du Nord. En 1937, elle occupe le deuxième rang mondial pour la production de cuivre et le troisième pour la production de l'or.

Les opérations d'extraction ont cessé à la mine en 1976 mais la fonderie Horne est demeurée en activité. La multinationale des métaux Xstrata a fait l'acquisition de la fonderie et de son usine d'acide en 2006. La fonderie Horne appartient depuis 2013 à la multinationale Glencore. Noranda Mines Ltd a longtemps dominé l'économie et la société de Rouyn-Noranda. Encore aujourd'hui, la population vit à l'ombre des cheminées de la fonderie Horne qui joue toujours un rôle important dans l'économie et la vie de la communauté.

Rouyn-Noranda vit depuis 1927 à l'ombre des cheminées de la fonderie Horne. Tourisme Rouyn-Noranda Hugo Lacroix.
Noranda Mines, une histoire de mine

Noranda Mines, c'est une histoire qui débute en 1911 lorsque le prospecteur Edmund Henry Horne repère une minéralisation intéressante dans le canton de Rouyn sur les bords d'un lac qui porte à l'époque le nom de Tremoy. Installé dans la région minière du Nord-Est ontarien depuis 1908, il est persuadé que la faille géologique minéralisée à l'origine des mines d'or du secteur Kirkland Lake-Larder Lake doit forcément se prolonger dans la région voisine au Québec.

Horne réunit, en 1917, un petit groupe d'investisseurs, connu sous le nom de « Lake Tremoy Syndicate », pour financer des travaux d'exploration plus poussés et le jalonnement d'une propriété minière sur la rive nord du lac.

La camp minier Horne en 1924. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

En 1922, le « Thomson-Chadbourne Syndicate », un groupe de riches investisseurs de New-York prend une option sur la propriété du « Lake Tremoy Syndicate ». Deux ingénieurs miniers, Samuel Thomson et Thomas Chadbourne, dirigent ce groupe qui détient déjà la propriété Chadbourne et des options sur plusieurs terrains miniers autour de la propriété Horne. Le 1 er mai 1922, la compagnie Noranda Mines Limited est créée pour développer les propriétés que détient le groupe new-yorkais dans le canton de Rouyn.

En 1925, après des travaux intensifs de forage sur la propriété Horne, Noranda Mines a déjà mis au jour près d'un million tonnes de minerai avec de hautes teneurs en or et surtout énormément de cuivre. La compagnie décide alors de construire en plein bois une mine, une fonderie de cuivre et une ville nommée Noranda.

Le camp Horne en 1925 avec le chevalement du puits d'exploration no 1. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

La construction de la mine et de l'usine débute en mai 1926 et est terminée en décembre 1927. Un exploit quant on pense à l'isolement de la région du canton de Rouyn. Tant par la taille et la richesse de son gisement, l'envergure de ses installations et l'ampleur de sa production, la Horne se hisse rapidement au rang des plus grosses mines en Amérique du Nord.

La mine et la fonderie Horne en construction durant l'été 1926. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.
La mine et la fonderie Horne en 1946. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

À partir de cette mine et de sa fonderie, Noranda Mines édifie en moins de 30 ans, une entreprise intégrée dans le secteur du cuivre dont les activités, qui débordent les frontières du pays, vont de l'extraction du minerai jusqu'à la transformation. La compagnie prend très tôt le contrôle de pratiquement toutes les mines de cuivre de l'Abitibi. Toutes ces mines vont approvisionner la fonderie Horne qui, en plus, va traiter à partir du milieu des années 1950 le minerai des mines de Chapais et Chibougamau. Noranda Mines développe aussi un puissant secteur de transformation avec ses usines Canadian Copper Refiners et Noranda Copper and Brass à Montréal, et Canada Wire and Cable à Toronto. Au début des années 1960, Noranda Mines Ltd fait déjà partie des géants miniers canadiens.

Les opérations d'extraction ont cessé à la mine Horne en 1976. En près de 50 ans, la mine a usiné 53,7 millions de tonnes métriques de minerai et produit 1,131 million de tonnes métriques de cuivre, 325 240 kg d'or et 693 600 kg d'argent. La fonderie est toutefois demeurée en activité. Elle est devenue la propriété de la multinationale du secteur minier Xstrata en 2006. La fonderie Horne appartient depuis 2013 à la multinationale Glencore.

La fonderie Horne la nuit, propriété de la multinationale du secteur minier Glencore.
Noranda Mines Ltd et le développement de Rouyn-Noranda

Noranda Mines Ltd a longtemps exercé un rôle dominant dans l'économie et la société de la région de Rouyn-Noranda. Encore aujourd'hui, la fonderie Horne contribue de manière significative à l'économie de Rouyn-Noranda et à la vie de la communauté.

Les mines, moteur du développement

La décision Noranda Mines de construire une mine et une fonderie de cuivre sur le bord du lac Osisko déclenche une formidable ruée de prospection dans la région de Rouyn. La mise en valeur des ressources minérales de la région s'effectue beaucoup plus rapidement que dans d'autres régions minières au pays. Au total, ce sont 21 mines qui voient le jour en un peu plus de 25 ans. Six vont produire principalement du cuivre et 15 de l'or. Les mines constituent les principaux employeurs donnant en 1950 du travail à près de 5 000 hommes, dont 2 000 à la mine et à la fonderie Horne . Elles contribuent de manière importante à l'essor du secteur du commerce et des services. Les mines Horne, Waite-Amulet et Quemont vont faire la prospérité de la région de Rouyn et surtout de Noranda Mines qui contrôle ces grosses mines de cuivre.

Vue aérienne de la mine Horne et des villes de Noranda et Rouyn au milieu des années 1940. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.
Photo montage de groupes de mineurs de la région de Rouyn-Noranda, début des années 1950. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

À partir des années 1960, le district minier de Rouyn fait face à des difficultés avec la fermeture de plusieurs mines d'or. Ce déclin de l'industrie minière s'accentue dans les années 1970 avec la fermeture des mines Waite-Amulet, Quemont et Horne. La rapide croissance des services gouvernementaux et parapublics suite à la désignation en 1966 de Rouyn-Noranda comme capitale administrative de l'Abitibi-Témiscamingue permet par contre d'en atténuer les impacts économiques pour Rouyn-Noranda.

L'industrie minière participe encore aujourd'hui à la vitalité de l'économie de la ville, entre autres avec la fonderie Horne. Soulignons aussi la présence à Rouyn-Noranda de plusieurs entreprises qui ont développé une solide expertise dans le secteur des services miniers qui s'exporte maintenant partout dans les régions minières à travers le monde.

Une société hiérarchisée, une population cosmopolite

Jusqu'aux années 1960, la société de Rouyn-Noranda apparait hiérarchisée et marquée par le rapport conflictuel entre les travailleurs miniers et Noranda Mines qui impose sa loi en matière de conditions de travail à l'ensemble des mines de la région. Les luttes des mineurs pour négocier collectivement leurs salaires et leurs conditions de travail sont jalonnées par de dures grèves à la mine Horne. La grève des « Fros » en juin 1934 et les longues grèves de l'hiver 1946-47 et de l'hiver 1953-54 illustrent bien l'âpreté de l'opposition capital-travail dans l'industrie minière. Rouyn-Noranda est largement à l'époque une ville ouvrière. Il faut attendre les années 1970 et le rapide développement des services publics et parapublics avant que la société de Rouyn-Noranda devienne plus égalitaire.

Piquet de grève devant la mine Horne des travailleurs membres de l'International Union of Mine, Mill & Smelter Workers, hiver 1946-1947. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

La population de Rouyn-Noranda est très cosmopolite. Les Québécois francophones sont majoritaires mais une importante minorité anglophone joue un rôle dominant dans la vie économique. Concentrés à Noranda, les anglophones gravitent autour de Noranda Mines qui assure le développement de cette ville. On retrouve aussi de très nombreux immigrants européens qui forment jusqu'aux milieu des années 1930 plus du tiers de la population et près de 50% de la main-d'œuvre à la mine Horne. L'agglomération minière est alors la seule au Québec en dehors de Montréal où l'immigration joue un rôle important dans son peuplement et son développement.

La rue Noranda (aujourd'hui Mgr. Tessier) à Rouyn vers le milieu des années 1930. À droite le marché public et la salle communautaire des Polonais. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

La composition de la population de l'agglomération minière demeure encore très diversifiée jusqu'au début des années 1970. Même si les francophones sont devenus très largement majoritaires, les anglophones et les immigrants européens demeurent toutefois nombreux. Les nombreuses fermetures de mines entrainent par la suite le rapide déclin de la population anglophone et des immigrants. La montée du nationalisme et la francisation des institutions publiques du Québec accélèrent par ailleurs ce déclin.

Noranda, Mines et l'environnement

Le bilan environnemental de la mine Horne et des autres mines de la région de Rouyn-Noranda est désastreux. Pendant longtemps les déchets miniers vont être rejetés sans restriction à proximité des mines polluant ainsi le réseau hydrographique environnant. Le gouvernement libéral de Taschereau modifie en 1926 la Loi des mines du Québec pour mettre Noranda Mines à l'abri de toute poursuite pour les dommages causés à l'environnement du district de Rouyn par la fonderie Horne. La fonderie va ainsi rejeter pendant longtemps dans l'atmosphère d'énormes quantités de SO 2 et de poussières toxiques. Le lac Osisko est pollué par le déversement de résidus miniers. Jusqu'aux années 1970, Rouyn-Noranda est considérée comme l'une des villes les plus polluées au Canada.

Rejets toxiques des cheminées de la fonderie Horne en 1977. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

Un grand changement s'amorce avec l'émergence de groupes de militants pour la qualité de l'air encouragé par l'élection du Parti québécois en 1976. La plus importante et la plus intense bataille sera celle de la construction d'une usine d'acide sulfurique destinée à capter les émissions de SO 2 de la fonderie Horne. L'usine est fonctionnelle depuis 1991 et capte maintenant 96 % des émissions de SO2. Cependant, la bataille n'est pas terminée car les rejets d'arsenic, de plomb et de cadmium de la Fonderie Horne constituent toujours un risque pour la santé de la population.

Principales références

Corporation de la maison Dumulon, La naissance de Rouyn et de Noranda, une histoire de mines, Histoires de chez nous - Musées numériques Canada, 2017.

Marc Vallières, Des mines et des hommes. Histoire de l'industrie minérale québécoise des origines à aujourd'hui, 2012.

Pierre Barrette, Noranda. De Murdoch à Panell, 2008.

Benoit-Beaudry Gourd, Le klondyke de Rouyn et les Dumulon. Histoire du développement minier de la région de Rouyn et d'une famille de pionniers, 1982.

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