octobre 2021

9 novembre 1968 - Ouverture officielle du Théâtre du Cuivre

par Louise Lambert et Guy Parent

Lever de rideau au Théâtre du cuivre

Depuis son inauguration officielle le 9 novembre 1968, le Théâtre du cuivre (TDC) poursuit sa mission d'offrir aux citoyens des spectacles professionnels en arts de la scène, sans oublier le cinéma qui s'est inscrit dès le départ à sa programmation. La salle de spectacle, dont la réputation s'étend bien au-delà des frontières de la région, joue un rôle prépondérant et largement reconnu dans la vie culturelle de Rouyn-Noranda.

Pourtant, au début des années 1960, l'idée de doter Rouyn (pas encore fusionnée avec Noranda) d'une salle de spectacle est loin de faire l'unanimité dans la communauté, cette controverse étant largement alimentée par la presse locale. Cette opposition n'empêchera toutefois pas les promoteurs de mener le projet à terme, faisant aujourd'hui du Théâtre du cuivre un lieu culturel qui jouit d'un grand rayonnement dans le milieu artistique et qui est très apprécié des amateurs de spectacles et de cinéma.

Le Théâtre du cuivre en 2018. TDC-Fanny Hurtubise.
Le Théâtre du cuivre et son histoire

1967 - Centenaire de la Confédération canadienne

Ce projet culturel est défendu par le maire de Rouyn, Alex Leclerc, avec l'appui de quelques citoyens dont l'homme d'affaires David-Armand Gourd, qui a semé l'idée de doter la municipalité d'une salle de spectacle. À l'instar d'autres villes de la région, ils veulent tirer parti d'un programme de subvention offert par le gouvernement fédéral pour célébrer en 1967 le Centenaire de la Confédération canadienne, programme qui soutient la construction de centres culturels et communautaires à travers le pays. De son idéation à sa réalisation, le projet emprunte différentes avenues et se transforme en cours de route : de 1964 à 1966, quatre études et autant d'esquisses seront soumises à l'attention du conseil municipal par Roland Dupéré, un architecte de Rouyn. Il sera d'abord question d'un « Centre de la jeunesse », puis d'un « Centre culturel »; enfin, en 1967, les approbations définitives sont obtenues autour du concept de «Théâtre du cuivre ». La construction de l'édifice, dont les plans sont conçus par l'architecte Jean-Marie Roy, est confiée à l'entreprise Pamo inc.

Le Théâtre du cuivre en 1968.

Un éléphant blanc ?

La construction d'une infrastructure culturelle municipale dédiée aux spectacles suscite son lot de mécontentement si l'on se fie aux articles recensés dans le journal La Frontière. Jusque-là, les quelques spectacles offerts à la population sont présentés dans les sous-sols d'églises ou à la salle du Collège de Rouyn (aujourd'hui le Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue). Dans un article daté du 22 février 1967, le journaliste Jean-Pierre Bonneville, qui milite plutôt en faveur d'un projet de bibliothèque, porte un jugement sévère, affirmant que très peu d'artistes seront appelés à s'y produire et que la population n'a pas besoin d'un tel lieu. Il commente ainsi : « De quelque lieu que vous regardez cette Place des Arts qu'on construira bientôt à Rouyn, vous avez devant les yeux un Éléphant Blanc d'un gigantisme rare pour une ville de l'importance de Rouyn. On avait besoin d'une Bibliothèque municipale, on nous donnera un amphithéâtre vide qui servira vingt fois par année ».

9 novembre 1968 - Inauguration officielle du TDC

Malgré cette mauvaise presse, le projet reçoit les octrois espérés et la construction est mise en chantier. Le Théâtre du cuivre, cet éléphant blanc tant décrié, est officiellement inauguré le 9 novembre 1968, en présence de dignitaires et d'une centaine de spectateurs venus entendre le comédien Gilles Pelletier auquel on a fait appel pour l'occasion, dans un spectacle solo intitulé Quand je suis seul. Quelques semaines auparavant, le 12 octobre 1968, on aura mis à l'affiche un tout premier spectacle, soit la pièce de théâtre Bichon qui est produite par le Théâtre populaire Molson.

Dans un autre article de La Frontière daté du 7 août 1968, on apprend que la construction de l'édifice, au coût d'environ 500 000$, a pu bénéficier des subventions suivantes : 100 000$ du gouvernement fédéral, 100 000$ du gouvernement provincial, 16 000$ de Noranda Mines et 10 000$ de Lake Dufault Mine. Il faut d'ailleurs savoir que le revêtement extérieur fait de cuivre, qui est à l'origine du nom de l'édifice, résulte d'un don de ces deux compagnies minières.

La salle de spectacle du Théâtre du cuivre en 1968.

Un premier directeur

Placé sous la gouverne du Service de la récréation de la Ville de Rouyn, le Théâtre du cuivre recrute son premier directeur, Henri Bryselbout, qui occupera cette fonction de 1968 à 1973. Il est assisté de Claude Lacasse, la toute première personne embauchée quelques mois auparavant pour s'occuper principalement de la régie technique. Sans références pour les guider, ce tandem s'emploie à jeter les bases de ce lieu culturel naissant : il devra développer un programme susceptible d'attirer les spectateurs tout en faisant oublier la réputation d'éléphant blanc qui le précède.

À cette époque, le prix d'un billet de spectacle est de 2$, ce qui laisse entrevoir des revenus de guichet plutôt modestes, du moins au début. Le noyau des premières programmations est constitué principalement de théâtre et de cinéma (Ciné Club et Ciné Jeunes), deux disciplines très populaires auprès du public. On utilise aussi le foyer pour offrir des expositions en arts visuels vu l'absence d'un lieu dédié à cette discipline (un centre d'exposition s'installera au Cégep quelques années plus tard).

Ceci nous rappelle que la musique et le cinéma ont toujours connu beaucoup de succès dans la capitale du cuivre. Il en est de même du théâtre, qui a fait preuve, dès les années 1960, d'une grande vitalité grâce à la présence de troupes locales dont La Poudrerie, à qui l'on doit plusieurs productions. Un festival de théâtre, mis sur pied par le TDC dans les années 1970, a aussi connu ses heures de gloire en accueillant de nombreuses troupes de la région.

Le foyer du Théâtre du cuivre en 1985.

Le terreau est fertile et c'est ainsi qu'au fil des programmations, grâce à des propositions de plus en plus étoffées et diversifiées, le Théâtre du cuivre réussit à s'imposer dans son milieu, perdant peu à peu sa réputation d'éléphant blanc. Après quelques années d'opération, on ajoute même 90 fauteuils aux 479 existants, ces 90 places étant dégagées à même la fosse d'orchestre, peu pratique et peu utilisée, qui a été aménagée à l'avant de la scène lors de la construction initiale.

Développement et consolidation

Après Henri Bryselbout, on voit Denis Charron (1973-1975), Claude Lacasse (1975-1977), Guy Parent (1977-1986), Jacques Matte (1986-2021) et Émilie Villeneuve depuis novembre 2021se succéder à la direction de l'institution, chacun ajoutant des pierres à son développement et à sa consolidation, à la faveur d'une industrie du spectacle qui connaît un développement remarquable au tournant des années 1970. On voit aussi le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue y installer ses quartiers en 1982, ce qui ajoute à son rayonnement. Puis, en 1986, le bâtiment, devenu trop étroit, fait l'objet d'une rénovation majeure. Ces travaux permettent de porter la capacité de la salle de 569 à 723 places, de mettre à jour des équipements techniques, d'agrandir le foyer et d'aménager des espaces administratifs et d'accueil du public plus fonctionnels. C'est lors de ces travaux, menés par l'entreprise TRAME, que la grande verrière éclairant le foyer est ajoutée au bâtiment, lui conférant, avec le revêtement extérieur en cuivre, une signature bien caractéristique.

Les travaux d'agrandissement du Théâtre du cuivre en 1986-87.

Le Théâtre du cuivre, au cœur de la vie culturelle

Rayonnement, capacité d'attraction et qualité de vie

Le Théâtre du cuivre joue un rôle de premier plan dans le développement culturel, économique et social de Rouyn-Noranda. La vitalité de la scène culturelle, un secteur d'activité où le Théâtre du cuivre a été précurseur, fait la marque de Rouyn-Noranda ; elle constitue un élément-clé de la qualité de vie dont profitent ses citoyens et un rouage important de sa capacité à attirer et retenir des travailleurs de diverses professions et de divers horizons. C'est d'ailleurs la présence de plusieurs entreprises, organismes publics et institutions d'enseignement qui soutient ce dynamisme en fournissant une masse critique de personnes intéressées par cette offre culturelle abondante, dont est partie prenante le TDC.

La grande verrière éclairant le foyer confère au Théâtre du cuivre une signature bien caractéristique. TDC-Fanny Hurtubise.

Accès à une diversité de spectacles

Étant reconnu comme diffuseur pluridisciplinaire, le Théâtre du cuivre a pour mission d'offrir des spectacles qui rendent compte des créations les plus récentes dans le domaine des arts de la scène. Au cours des cinq dernières décennies, les citoyens de Rouyn-Noranda ont vu leur salle de spectacle attirer les plus grands noms de la chanson et de la musique, les meilleures troupes de théâtre ou de danse, ainsi que les humoristes et artistes de variétés les plus chevronnés. De la scène locale, d'où ont émergé des artistes aussi renommés que Richard Desjardins et Jacques Michel, jusqu'à la scène internationale avec Léo Ferré, Juliette Gréco ou Dizzie Gillespie, les spectateurs ont souvent été conquis. À cet égard, la collection de photos installée dans le foyer du TDC est très révélatrice de la diversité et de la renommée des artistes qui ont foulé sa scène.

La présentation le 15 février 2014 de Broue lors de la tournée du 50e anniversaire de cette comédie. TDC-Annie Boudreau.

Accès à un lieu professionnel

Plusieurs organismes culturels et communautaires de Rouyn-Noranda peuvent s'appuyer sur des collaborations fructueuses avec le Théâtre du cuivre, qui leur donne accès à une scène, à des équipements et à des techniciens hautement professionnels. Parmi ceux-ci, on compte le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, l'Orchestre symphonique régional (OSRAT) et l'Ensemble Aiguebelle, les Jeunesses musicales du Canada, le Centre musical en Sol mineur, les chorales et les écoles de danse, la Ressource pour personnes handicapées ATNQ qui y présente son Téléthon et les institutions d'enseignement qui y tiennent diverses cérémonies.

Des emplois stimulants et formateurs

Autour de son noyau de base qui réunit quelques employés permanents, le Théâtre du cuivre embauche à temps partiel une vingtaine de jeunes, dont plusieurs étudiants, qui ont ainsi la possibilité de se familiariser avec différents aspects du travail en milieu culturel, allant de l'accueil du public à la technique, et ce, dans un environnement créatif et stimulant. D'autres jeunes, en s'exprimant sur sa scène, ont l'occasion de développer leurs talents, sinon de découvrir le goût d'exercer un métier relié au monde du spectacle.

Positionnement dans le circuit québécois des tournées

Ayant été l'une des premières salles de spectacle construite en région, le Théâtre du cuivre a su se positionner très tôt et très avantageusement dans le circuit québécois des tournées artistiques. Avec ses hauts standards de qualité, il s'est acquis une solide réputation dans l'industrie du spectacle, tant chez les producteurs et les artistes que chez les autres diffuseurs du Québec. À preuve, ces prix prestigieux décernés par des pairs au fil des ans : le Félix de la Salle de spectacle (1987 et 1999) et le Félix du Diffuseur (2003), remis par l'ADISQ; ainsi qu'un prix Méritas à Guy Parent (1985), un prix Municipalité (1989) et un prix Hommage à Jacques Matte (2014), attribués par RIDEAU, le regroupement national des diffuseurs de spectacles.

Le Théâtre du cuivre s'est vu décerner trois Félix par l'ADISQ. TDC-Fanny Hurtubise.
Le Théâtre du cuivre, un témoin important du développement culturel de Rouyn-Noranda
Tel que mentionné dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, la valeur patrimoniale du Théâtre du cuivre réside d'abord dans son intérêt commémoratif lié au Centenaire de la Confédération canadienne célébré en 1967. De plus, étant l'un des premiers équipements publics modernes érigés pour mettre en valeur les arts d'interprétation, il est un témoin important du développement culturel amorcé au Québec dans les années 1970. L'intérêt architectural du bâtiment tient aussi à son caractère novateur et à la notoriété de son architecte, Jean-Marie Roy, un pionnier de la modernité architecturale qui a exercé au sein de l'une des plus importantes firmes d'architectes du Québec des années 1960-1980.
Soirée 50e anniversaire au Théâtre du cuivre, 7 septembre 2018. TDC-Annie Boudreau.

Plus de 50 ans après son ouverture, le Théâtre du cuivre n'a plus à prouver sa pertinence, sa réputation d'éléphant blanc appartient à l'histoire. En 2019, cet «amphithéâtre vide qui ne servira que 20 fois par année» a présenté 167 événements (dont 80 spectacles et 41 projections cinématographiques) qui ont attiré 51 658 personnes, prouvant hors de tout doute que le public et les artistes ont bel et bien adopté ce lieu de diffusion culturelle.

Le Théâtre du cuivre, hiver 2019. TDC-Fanny Hurtubise.
Principales références

50 ans de culture, de découvertes, de passion, de moments magiques, journal publié à l'occasion du 50e anniversaire du Théâtre du cuivre célébré en 2018.

Répertoire du patrimoine culturel du Québec, (https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca) section du patrimoine immobilier : Théâtre du cuivre de Rouyn-Noranda.

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